23 janv. 2017

[Chronique] La Séparation - Christopher Priest

Cela fait pas mal de temps que j'entends parler de l'auteur britannique Christopher Priest. De fait, je connais de nom plusieurs de ses romans, notamment Le Prestige dont j'ai vu et apprécié le film (sans savoir qu'il était en fait une adaptation). Je me suis donc attaquée à La Séparation, avec quand même quelques attentes, surtout que ce n'est pas forcément un roman vers lequel je me serais tournée si je n'en connaissais pas la réputation... Je n'ai encore jamais lu d'uchronie et le sujet me rebutait un peu. J'ai d'ailleurs eu un peu peur au début, à cause de mes lacunes en histoire (cette matière n'est vraiment pas mon fort, on peut même dire que je suis assez nulle), mais après quelques révisions dans un livre d'histoire, je me suis lancée...

Court résumé
Stuart Gratton est historien, et publie des ouvrages en s'appuyant notamment sur des témoignages de vétérans, en particulier de la Seconde Guerre mondiale. L'un de ses prochains sujets pourraient porter sur un personnage entouré d'un certain mystère, mentionné dans une note écrite par Churchill lui-même : J. L. Sawyer y est décrit à la fois comme objecteur de conscience et comme pilote de l'armée...

***

Jacob L. Sawyer et Joseph L. Sawyer sont en fait des jumeaux (je ne fais pas vraiment là de révélation, ils sont introduits dès le début). La plus grande partie du roman est écrite sous forme de lettres ou de témoignages, ceux des jumeaux mais aussi d'autres intervenants. On a ainsi plusieurs points de vue sur ce qu'il s'est passé, en particulier en 1940 - 1941. Le déroulement chronologique était parfois un peu difficile à suivre (et je n'étais pas aidée par le fait que je lisais en numérique, pas facile de feuilleter un e-book pour revenir en arrière rapidement...) Il y a ainsi plusieurs fils qui relatent des faits se déroulant à la même période, mais du point de vue de différents personnages. Ce qui est particulièrement bien réalisé, c'est la manière dont ces fils se croisent et se recroisent, finissant par s'emmêler de manière subtile.

La lecture a été plutôt plaisante, malgré mes craintes concernant l'aspect historique. La guerre nous est montrée sous deux angles différents, celui du pilote de bombardier qui voit le nombre de ses camarades diminuer à chaque mission, et le pacifiste qui rejette toute activité qui touche de près ou de loin à l'armée. Certains thèmes présents sont apparemment récurrents chez cet auteur : le double / la doublure, les points de vue subjectifs, accompagnés du doute sur la réalité de ce qui est perçu par le narrateur. D'intéressant, le récit devient même prenant à partir de la moitié, où l'on se rend compte que notre histoire de jumeaux n'est évidemment pas entièrement la clé du mystère Sawyer.

Cependant, arrivée à la fin, je dois dire que j'étais un peu perplexe, avec le sentiment de n'avoir pas tout compris ou d'être passée à côté de quelque chose (ce qui est possible cela dit). L'histoire de chaque jumeau est très bien racontée, avec des détails qui ne sont pas laissés au hasard et je pense même qu'une seconde lecture pourrait être intéressante (malheureusement cela m'arrive rarement en général), et puis la fin est bien amenée, même si elle finit par être un peu attendue. Mais ce qui m'a dérangée c'est le fait que cette fin n'explique pas tout, et je suis donc restée dominée par un sentiment d'incompréhension. Pour conclure, je pense avoir perçu ce qui plaît dans ce roman, mais j'ai bien l'impression d'être passée à côté. Cela dit, je ne baisse pas les bras, je retenterai Priest, et je pense aussi me pencher sur Le Maître du haut château de P. K. Dick un de ces jours.

***
La Séparation (The Separation)
Christopher Priest
Folio SF
Mai 2008, 496 pages

8 commentaires:

  1. Une lecture que j'ai adorée, le Chat de Schrödinger à l'échelle d'un roman ! Il y a un truc à savoir avec Priest : si on s'attend à tout comprendre on sera toujours déçu ;-) Ce sont des textes qui demandent de lâcher prise finalement. Bonheur :p (Pour un texte qui donne un peu plus d'explications, lire Le Monde inverti <3 )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je serai prévenue pour la prochaine fois en tous cas :-)
      Merci pour le conseil, je mets Le Monde inverti comme prochain Priest sur la liste ! (ah oui c'est celui qui commence par le célèbre "J'avais atteint l'âge de mille kilomètres." -- j'espère effectivement qu'il y a quelques explications ^^)

      Supprimer
  2. La séparation n'est pas forcément ultra représentatif du genre uchronique. Comme le dit Lune il y a un côté chat de Schrödinger dans celle-ci, ce n'est pas spécialement souvent le cas.
    Lis en une autre plus typique pour te faire vraiment une idée sur le genre. Je serais par contre incapable de te donner un titre judicieux : au contraire de Stephen King, j'ai lu très peu d'uchronies :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui il faudra que je retente un Christopher Priest d'une part et une autre uchronie d'autre part, pour me faire une meilleure idée de l'un et de l'autre ^^
      Bon c'est déjà pas mal d'être experte en Stephen King :) mais d'ailleurs les deux se combinent non ? il me semble que 22/11/63 est une uchronie (mais je ne l'ai pas lu)...

      Supprimer
    2. Oui en effet ! Il est pas mal du tout d'ailleurs. Mais c'est aussi une uchronie un peu particulière, étant donné qu'il s'agit davantage de vouloir changer le passé plutôt que de appesantir sur les conséquences de ce changement.

      Supprimer
  3. Pas mieux que mes deux camarades, Priest c'est (volontairement) déroutant ! J'avais beaucoup aimé ce roman, mais je comprends que le manque d'explications puisse déplaire. C'est un peu le jeu avec Priest, hormis pour "Le monde inverti" qui donne plus d'explications (explications qui m'avaient un peu déçu, comme quoi...).

    Par contre côté uchronie, à moins de bien connaître les romans de Philip K. Dick, je ne suis pas sûr que "Le maître du haut-château" soit le meilleur choix (mais je ne suis pas non plus un spécialiste du genre uchronique)...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis peut être trop terre-à-terre pour apprécier des récits qui déroutent trop ^^ Mais je tenterai Le Monde inverti de toutes façons (tu as fini de me le vendre en évoquant son sense of wonder :)

      Je n'ai pas non plus une bonne connaissance en uchronies malheureusement, mais je crois savoir qu'il existe un guide à ce sujet :)

      Supprimer