27 déc. 2014

[Chronique] Les Menhirs de glace - K. S. Robinson


 


Les Menhirs de glace (Icehenge)
Galimard, Folio SF, 427 pages
Kim Stanley Robinson, 1984
Traduction : Luc Carissimo
Illustration : Alain Brion

Emma Weil est ingénieure en biotechnologie à bords d'astronefs, et fait partie des rebelles qui ont provoqué la sédition sur Mars en 2248.
Hjalmar Nederland est archéologue. En 2547, ses recherches sur le vrai déroulement des évènements de 2248 le mènent à diriger des fouilles à New Houston, une ville martienne, détruite lors de la sédition.
Edmond Doya est le petit fils de Nerderland et est passionné par ces gigantesques menhirs de glace découverts sur Pluton en 2547 : Icehenge. En 2610, son obsession l'entraîne à bord d'une expédition vers Pluton.

Le roman est découpé en trois récits, racontés à la première personne, journaux intimes de ces trois personnages. La toile de fond est l'origine de la construction des menhirs de glace découverts sur Pluton, mais le but du roman n'est pas là. Il s'agit d'une réflexion sur la mémoire et la manipulation de l'Histoire.

L'humanité en est arrivée à un point où l'espérance de vie atteint 600 ans. Seulement, la mémoire humaine ne suit pas et ne garde typiquement que les souvenirs correspondant à une durée de vie "normale", c'est-à-dire une soixantaine d'années. C'est une perspective un peu angoissante dans la mesure où nos souvenirs constituent ce qui nous définit.
Les réminiscences d'un passé lointain sont tassées sous le poids de ce qui suit et la souvenance est contrainte, puis invalidée. Mais les souvenirs demeurent. Les rappeler demande une forme particulière d'intelligence et par conséquent, quand je maudis ma mauvaise mémoire, je me lamente en fait de ma stupidité. (p. 203)

L'aspect concernant la manipulation de l'Histoire ou la mystification des faits est intéressant mais j'ai tout de même été un peu déçue, peut-être parce que je ne m'attendais pas à cela. Les menhirs de glace qui nous interpellent dans le titre et sur la couverture, ne sont pas vraiment au cœur de ce roman, l'essentiel étant plutôt la manière dont sont établis les faits, la quête de la vérité à propos de leur construction et la façon dont tout cela est exploité - ou non - par la puissance gouvernante. Et c'est finalement un peu long, sans réelle surprise à la fin.

Le récit est un peu daté par certains détails (les Soviétiques et les Américains forment les deux grandes puissances sur Terre, et on parle soit anglais soit russe), qui parfois peuvent faire sourire : dans le vaisseau spatial, on porte des pantoufles Velcro pour palier à l'apesanteur (et quand on marche ça fait "scratch scratch"...)

Au final, cette lecture ne me laissera pas une trace indélébile, mais ce passage sur Mars m'a tout de même bien plu et je pense bien un jour m'attaquer à la trilogie Martienne !
Le monde entier, pierre et ciel, rutilait de toutes les nuances de rouge, et chaque caillou, chaque gravier, de mon chemin palpitait au rythme de mon cœur, comme si je marchais dans mon propre corps, sur une plaine raboteuse, langue ou rétine. (p. 263)
 
Image : Image du cratère Endeavour prise par Opportunity à la surface de Mars. NASA/JPL-Caltech

2 commentaires:

  1. Intéressante, cette réflexion sur la mémoire qui nous trahit après une trop longue existence !

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    1. La presqu'immotalité aurait en effet un prix... Et c'est là qu'on se dit que les elfes immortels sont quand même balèzes !

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